III. L'entreprise de " La Bible d'Alexandrie " à la Sorbonne

C'est dans ce contexte, fait de curiosité pour les nouvelles découvertes et du besoin de combler une lacune culturelle, qu'est né paradoxalement dans l'université d'État, à la Sorbonne, le projet qui a abouti à " La Bible d'Alexandrie ", traduction commentée de la LXX. Les conditions favorables à cette innovation avaient été créées par l'élection, en 1945, d'Henri-Irénée MARROU dans une chaire d'Histoire des religions, devenue par la suite chaire d'Histoire ancienne du christianisme. Ce grand savant, ouvertement catholique, qui succédait après une longue période à des professeurs plutôt anticléricaux (dans la période du modernisme), forma des chercheurs en patristique, et eut de l'influence pour que des chaires de grec et de latin fussent explicitement consacrées aux littératures chrétiennes. C'est ainsi que, dans la ligne de l'enseignement d'H.-I. MARROU sur l'Antiquité tardive, Jacques FONTAINE enseigna la patristique latine et moi-même la patristique grecque. Après avoir consacré mes premières publications aux Pères grecs (Clément d'Alexandrie, Origène, Grégoire de Nysse) et après avoir formé une première petite équipe de chercheurs associée à la traduction de l'œuvre de Philon d'Alexandrie, je remontais le temps par un cheminement intellectuel qui aboutit, en 1980, à l'étude de la source biblique grecque commune à cette double tradition exégétique, juive et chrétienne.

Une rencontre décisive avait eu lieu avec Dominique BARTHELEMY qui enseignait à Fribourg (Suisse) et recueillait tous les témoignages sur le texte de la LXX, en vue d'une réédition des Hexaples d'Origène (projet par la suite abandonné). Il encouragea (et peut-être suscita) en moi la décision de réunir une équipe de chercheurs universitaires, formés aux disciplines classiques du grec et de l'histoire ancienne, en vue d'une traduction annotée de la LXX, qui serait utile à la fois pour les biblistes et pour les patrologues (7).

La physionomie du séminaire de la LXX, créé à la Sorbonne, fut d'emblée déterminée par notre statut d'universitaires laïcs, historiens et philologues. La méthode privilégiée fut celle de l'étude méticuleuse du texte de la LXX, la difficile mise au point d'une traduction rigoureuse, la recherche d'une ample documentation pour une annotation qui prenait en compte tout à la fois le rapport de la version à son modèle (il fallut nous faire hébraïsants), l'usage de la langue grecque, et la " réception " de cette version dans le premier christianisme, celui du Nouveau Testament et des Pères grecs.

Le projet universitaire français, qui se concrétisa dès les années 1986-1988 par la publication d'un premier volume (la Genèse) et d'un manuel (La Bible grecque des Septante, Du judaïsme hellénistique au christianisme ancien), s'est tout de suite inscrit dans l'ensemble des études contemporaines sur la LXX. Les " septantistes " de tous pays et de toutes confessions, en effet, communiquent entre eux dans une organisation internationale (" The International Organization for Septuagint and Cognate Studies ") qui publie un Bulletin et organise périodiquement des Colloques. C'est là que se confrontent les approches diverses de ces études.

précédentsuivant

7. Voir le récit de ce cheminement dans l'Introduction à mon recueil Le déchiffrement du sens, Études sur l'herméneutique chrétienne d'Origène à Grégoire de Nysse, Paris, Collection des Études augustiniennes, n° 135, 1993, p. 9-26.