La réception de la LXX par les Pères grecs est, en effet, pour nous un travail essentiel qui nous caractérise aux yeux des septantistes des autres nations. Certains nous reprochent ce prolongement de l'étude du texte grec, disant que nous traduisons la LXX " selon les Pères ", ce qui est exactement le contraire de notre propos. Notre affirmation est celle-ci : il est légitime et salutaire de signaler ce qui dans la LXX, œuvre juive, a été source d'inspiration pour les Pères. Légitime, parce que tout texte survit dans ses lectures ; salutaire, parce que savoir que tel verset a été compris par les chrétiens de telle ou telle manière oblige à revenir avec plus d'acribie sur le texte afin de comprendre l'origine de l'interprétation. Un simple pronom suffit parfois à entraîner l'" actualisation " du passage. Les promesses faites aux anciens Hébreux sont lues comme concernant le nouveau peuple. Tout le jeu des interprétations allégoriques, spirituelles, analogiques, mystiques est à l'œuvre à partir de détails de la version des LXX. On peut dire que c'est une " appropriation " du texte, une dépossession aux yeux des juifs, mais c'est une lecture fondatrice pour le christianisme. La LXX, quoi qu'on en ait dit, est devenue la Bible des chrétiens. Il ne nous appartient pas, puisque nous ne sommes pas des théologiens de métier, de dégager les enjeux religieux d'une théologie qui unit Ancien et Nouveau Testament. Il nous suffit, en historiens, de mesurer la multiplicité des commentaires qu'une œuvre peut engendrer.
Le texte de la LXX, proche par la langue des chrétiens de langue grecque, tout en donnant l'écho d'un ancien monde hébreu quelque peu énigmatique, fournissait un lexique adopté pour dire la confiance en un Dieu tout-puissant et miséricordieux. Ce texte grec procurait des formules spirituelles frappées comme des sentences, des récits de scènes ou de vies entières ayant valeur de récits types pour les récits de la vie des martyrs ou des saints, etc. La formulation grecque du départ d'Abraham loin de sa patrie sert de modèle pour tout départ qui obéit à un appel venu d'en haut. Les étapes de la vie de Moïse servent de cadre aux biographies édifiantes écrites par Basile de Césarée, Grégoire de Nazianze ou Grégoire de Nysse. En prenant garde de ne pas infléchir notre traduction sous l'influence de l'interprétation patristique, nous voulons connaître, à travers les citations et les commentaires que les Pères font de la LXX, ce qu'elle avait, pour eux, quelquefois d'étrange, le plus souvent de familier, d'enrichissant, de nourrissant pour leur foi. Paradoxalement, c'est une équipe de chercheurs laïcs qui pratique et répand une lecture de la Bible accompagnée de la tradition ecclésiale (14).
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14. Les théologiens disposent d'un instrument de travail qui permet de repérer l'usage de la Bible (AT et NT) par les Pères de l'Église (grecs et latins) : les six volumes de Biblia Patristica donnent un " Index des citations et allusions bibliques dans la littérature patristique " établi par une équipe de Strasbourg, publié aux Éditions du CNRS à partir de 1975. L'ordre des livres et des versets est celui de la Bible hébraïque. L'utilisateur de l'Index doit lui-même vérifier l'état textuel du verset qu'il étudie, latin ou grec, plus ou moins conforme au TM.