La place de la Septante dans les études bibliques

La période contemporaine voit paraître un grand nombre de publications autour de la Bible, en particulier de nouvelles traductions, parfois annoncées à grand bruit. On remarque aussi, un peu partout dans le monde, surtout depuis les découvertes des manuscrits de la mer Morte (Qumrân), un renouveau d'intérêt pour la toute première traduction de la Bible hébraïque, la Bible des Septante (LXX), première rencontre du judaïsme et de l'hellénisme, source du passage de la Bible en Occident, forme grecque de l'" Ancien Testament " pour les chrétiens.

À l'occasion de la publication récente, aux Éditions du Cerf, de la traduction des cinq premiers livres de cette version grecque sous le titre Le Pentateuque d'Alexandrie (2), il semble opportun de proposer quelques réflexions sur les problèmes que soulèvent les études sur la LXX. Cette œuvre, d'origine juive mais adoptée par les chrétiens, se trouve historiquement au carrefour de trois réalités : le judaïsme de l'époque hellénistique, l'usage de la langue grecque, la naissance du christianisme. Quelles que soient les motivations et les méthodes des savants qui l'abordent, l'enjeu est de définir le statut de la LXX entre ces mondes divers. Qu'est-elle comme " traduction en grec " d'un modèle hébreu interprété dans la piété juive hellénistique ? Qu'est-elle ensuite comme texte biblique pris par les chrétiens comme " divinement inspiré " ? Les études sur la LXX sont toujours en tension entre ces deux pôles : elle est une traduction, et pourtant elle fut prise comme texte premier.

Après avoir rappelé l'origine de la LXX et son histoire, je présenterai les principales tendances des études actuelles, parmi lesquelles se situent celles des universitaires français. Je reprendrai ensuite quelques-unes des questions qui font encore l'objet de débats à son propos au sein des études bibliques. Pour finir, je constaterai que la LXX peut actuellement trouver également une place dans la culture d'un plus vaste public, curieux tout à la fois de la Bible, de l'histoire des juifs et de la naissance du christianisme.

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1. Marguerite HARL, agrégée des lettres classiques, a été à la Sorbonne l'élève d'Henri-Irénée MARROU et a soutenu une thèse sur Origène. Devenue à son tour, en 1959, professeur de grec post-classique à la Sorbonne, elle y a développé les études de patristique grecque et a fondé, en 1986, la collection " La Bible d'Alexandrie " éditée aux Éd. du Cerf. Elle poursuit actuellement ses recherches sur la place de la Septante dans l'histoire du judaïsme et du christianisme ancien. Elle prépare la traduction et l'annotation du prophète Zacharie selon la Septante.

2. Le Pentateuque d'Alexandrie, texte grec et traduction, ouvrage collectif sous la direction de Cécile DOGNIEZ et Marguerite HARL, Paris 2001. Cet ouvrage reprend la traduction des cinq premiers livres de " La Bible d'Alexandrie ", avec une Introduction nouvelle, où sont traitées, en dix chapitres, les questions plus rapidement abordées dans cet article. La collection " La Bible d'Alexandrie " prévoit vingt-sept volumes (dix sont publiés, deux paraîtront en 2002, les autres sont en préparation).